Un an auparavant, si on avait dit à Cherry Williams qu’elle se retrouvait sur une île, avec sa cousine, la tenant par la main et excitée avec elle à l’idée de rencontrer la « star » de l’île en question, Cherry aurait crié au fou. Elle aurait éclaté de rire comme pas possible, se serait tapée la tête contre le sol, aurait vraiment trouvé cela hilarant. Et pourtant, elle y était. Elle était avec Mary et un sourire sincère était inscrit sur ses lèvres.
Mr. O. Cet homme avait suscité tant d’interrogation dans l’esprit de Cherry. Et elle était prête à parier qu’il en était de même pour tous les habitants de l’île. Mr. O était un mystère, quelqu’un dont personne ne savait rien et que tout le monde connaissait. Quelqu’un de suffisamment sournois et intelligent pour réussir à coincer autant de personnes sur une petite île et en plus continuer à les étonner, jour après jour.
« Excellente idée ! Va pour « Cher Mr. O » » s’exclama Cherry, tout sourire.
Les deux jeunes filles entrèrent dans sa chambre et Cherry déchira une feuille de papier posée sur son lit. L’écrivain avait déjà quelques idées pour demander à Mr. O de leur donner les photos. A bien y réfléchir, elles auraient tout aussi bien pu faire quelque chose de simple. Mais Mary et Cherry semblaient bel et bien décidées à faire quelque chose qui ressemblait à un projet d’Etat, et ce n’était pas plus mal.
Avec un stylo à encore noire, l’écriture souple de Cherry s’étala sur un joli papier à lettres avec des cerises dans chaque recoin. « Dear Mr. O ». Les trois mots furent notés au milieu du haut de la lettre et cette dernière promettait déjà d’être jolie et très bien rédigée. Mr. O serait fier d’elle.
Cherry ne savait d’où venait ce culte qu’elle lui vouait. Franchement, si on lui avait avoué qu’il était le Dieu d’une toute nouvelle religion, elle s’y serait immédiatement convertie. Mais ça, elle se gardait de le dire à qui que ce soit. Ça faisait un peu psychopathe sur les bords, et l’écrivain paraissait suffisamment à l’ouest comme ça pour ne pas avoir besoin d’en rajouter d’avantage.
La brune releva la tête sans raisons valable vers la table de nuit. Le grand sourire qu’elle affichait se métamorphosa immédiatement. Sa bouche s’entrouvrit légèrement comme si elle était choquée par ce qu’elle voyait. Et c’était le cas, Cherry était choquée.
« Mary. »Sur la table de nuit de Cherry se trouvait un carton. Elle aurait mis sa main à couper que tout à l’heure, lorsqu’elle avait quitté sa chambre, il n’était pas là. Elle n’était même pas sûre de pouvoir dire qu’il avait été là au moment où Mary et elle étaient entrées dans la pièce.
Sur le carton légèrement détérioré et poussiéreux était écrit au feutre noir, avec l’écriture de la grand-mère de Mary, Saturday, Jesse et Cherry « Photos de famille ». Un frisson parcourut le corps de l’écrivain et elle ne trouva rien de mieux à dire d’autre que :
« Regarde le carton. »