Rosa était dans le hall d'entrée. Elle fixait le plancher avec intensité. C'était précisément à cet endroit qu'elle était morte. Là. Juste sur ce tapis. Sous la fenêtre. La jeune femme frissonna et croisa les bras sous sa poitrine, comme pour se persuader qu'elle avait encore un corps. Dans les dernières minutes de sa vie, Rosa avait vécu l'enfer. Et elle ne parvenait pas à l'oublier. Non seulement la douleur restait, mais en plus, une multitude de doutes l'accompagnait. Elle avait parfaitement conscience que ce qui lui arrivait n'était pas
normal, et que cela avait plus ou moins un rapport avec l’île de Mr O. Alors que ce passerait-il quand elle partirait d’ici ? Elle mourrait définitivement ? Ce n’était qu’un sursit ?
Rosa regarda non sans douleur le ciel bleu. La dernière image qu’elle avait vue lorsqu’elle était en vie. Les larmes montèrent à ses yeux. Elle les retint. Allons bon, alors qu’elle avait une merveilleuse chance de continuer d’être parmi les vivants, elle se désespérait ? Ce n’était pas son genre ! Non, vraiment pas. Elle ne tenait pas à se morfondre. Pas durant ces derniers instants terriens. A nouveau, son cœur se serra. Elle aurait tant aimé revoir encore, rien qu’une fois, le visage de ses parents. Son avion aussi… Monter à nouveau dans un avion, voler… Elle haussa les épaules en souriant faussement.
Cherchant à fuir le ciel, ses yeux tombèrent sur le tapis. L’eau qu’elle avait bu en partie, n’avait pas fini de sécher. Sa mort avait tout de même quelque chose d’infiniment louche. Milo Bloom lui avait dit qu’une crise cardiaque l’avait tuée, avant qu’elle ne ressuscite. Or, Rosa n’avait jamais été cardiaque, et ce n’était pas un simple cauchemar qui allait faire d’elle une personne fragile.
A bout de force et d’idée, Rosa tomba à genoux sur le tapis moelleux. Elle n’en pouvait plus. Elle ne voulait plus pleurer, cependant, elle s’accorda une petite crise de larmes. La dernière, se promit-elle. Doucement, sans sanglots, sans irritation, les larmes commencèrent à couler sur ses joues satinées, puis dans son cou. Elle fixait le ciel sans ciller, et sans entendre que quelqu’un était arrivé auprès d’elle…